Est-ce depuis ce jour que je ne peux ingurgiter une cuillère de soupe sans avoir envie de vomir,

sans que les larmes ne me viennent.

 

MANGE TA SOUPE

 

la vie est plus rude, plus violente, plus âpre que ça ...

 

L'odeur de ce foutre par terre, mélangé à celle de la soupe chaude dans mon assiette.

Le visage déformé de ma mère, écrasé contre la table, qui me regarde devant ma soupe

Sa bouche entrouverte d'ou séchappe une coulée de salive qui se répend sur le bois sale de cette table de cuisine.

J'ai du mal à déglutir et ces cuillères que je m'enfonce dans la bouche, sont comme le membre de mon père que j'entends rentrer et sortir avec force dans les chairs de ma mère.

Les yeux de ma mère rougis d'un mélange de honte et de plaisir mal retenu telle une pénitente, comme une imploration que je finisse ma soupe.

Ses chaussures rouge à talons qu'elle avait mise ce jour là. Ces chaussures à talons, rouge qui lui serrent les pieds et ces talons qui résonnent sur le plancher, comme on entrave un animal.

Les mains de mon père solides, accrochés au rebord de la table comme pour ne pas que ma soupe se renverse. Les cheveux de ma mère revenus sur son visage comme pour essayer de la cacher de mon regard en vain.

Mes jambes, qui pendent le long de ma chaise et qui se balance au rythme des allés et venus de mon père, comme sur la balancoire.

Mon père qui s'arrêtte de deux ou trois coup sec et violent, qui font presque déborder ma soupe.

Mon père qui se retourne et qui emporte avec lui lentement, le chaos ambiant.

Il reste le souffle court de ma mère, encore allongée sur la table, qui arrive presque sur mon assiette, comme pour tanter de refroidir ma soupe, encore un peu.

L'odeur salée de ses larmes, qui coulent désormais tout doucement de ce visage qui me regarde, enfin.

Ma mère qui se lève, arrange sa robe, ses cheveux.

Sa main qui passe délicatement sur ma tête et sa voix qui résonne depuis.

Comme si je venais juste de m'assoir

 

Mange ta soupe.